To bi or not to bi

Me revoici pour un nouvel article après au moins 108 ans d’absence. Pas de végétarisme ou d’éthique animale cette fois-ci, mais une réflexion survenue après plusieurs lectures et certaines remarques sur la bisexualité.

En ce moment sur la Toile, (ou en tout cas sur une partie de la Toile) on parle beaucoup de bisexualité et de biphobie. Ce nouveau mot un peu étrange est calqué sur le mot homophobie, sauf que (tadam!), il désigne en particulier la bisexualité.

J’ai mis du temps à comprendre pourquoi la bisexualité pouvait être mal acceptée. Jusqu’il n’y a pas si longtemps, je me disais que les bis avaient quand même bien plus la paix que les homos, et que, quand même, ils n’avaient pas trop à se plaindre.

Alors oui, effectivement, quand un bi est dans une relation hétérosexuelle, il/elle a de quoi se sentir privilégié. Je l’ai moi-même expérimenté : on peut se promener main dans la main dans la rue, se faire des bisous, sans jamais décrocher un regard de travers. On n’a jamais cette peur de croiser la personne de trop qui ne se limitera ni aux regards désapprobateurs, ni aux insultes, mais qui passera aux mains, parce que la vue de deux personnes du même sexe ensemble lui paraît trop insoutenable. On est préservé des propositions lubriques de mecs douteux pour qui deux filles ensembles c’est le porno idéal.

Non franchement, être bi c’est quand même avoir la paix.

Encore faut-il, d’une part, avoir des relations avec des personnes d’un genre différent de vous, et d’autre part, à partir du moment où vous êtes en couple, s’attendre à ce qu’on occulte votre bisexualité.

Récemment, alors que j’étais invitée chez un couple d’amis (hétéros), la question de la bisexualité est tombée un peu comme un cheveu dans la soupe. Et là, j’ai entendu une remarque qui m’a fait dresser les cheveux sur la tête : « Mais comment tu peux dire que t’aimes encore les filles alors que tu es en couple avec un garçon ? »

J’ai tellement été stupéfiée qu’ils se posent la question aussi ingénument que sur le coup, je n’ai même pas réussi à expliquer. J’ai juste eu le sentiment que mon identité était totalement remise en question. Que quand je dis « je suis bi » (processus que j’ai d’ailleurs mis du temps à accepter, signe que la bisexualité ça ne va quand même pas de soi), je passe juste pour une menteuse aux yeux des gens, car, mon dieu ! Je suis dans une relation stable avec un mec.

Alors quoi ? Pour être bi, il faut sortir avec des garçons, et des filles, en même temps ? Etre bi c’est être incapable d’avoir une relation stable avec quelqu’un ? Ou bien tout simplement la bisexualité ça n’existe pas, parce qu’on cesse d’aimer les filles quand on sort avec un garçon, et inversement ?

Erreur, messieurs-dames, si vous pensez cela, vous vous gourez sur toute la ligne. Scoop de dernière minute : les bis ne cessent pas d’aimer les filles parce qu’ils/elles sortent avec un garçon. Mais, en même temps, cela ne veut pas dire que les bis sont incapables de se « contenter » d’un seul sexe, bref : d’avoir une relation stable (c’est-à-dire selon notre bonne société judéo-chrétienne : fondée sur la fidélité). Pour expliquer ce fait incroyable, je vais faire une métaphore, certes douteuse, mais qui, je l’espère, a le mérite d’être claire (ou alors jetez-moi des tomates dans la figure).

Disons qu’un soir, vous allez au restaurant (végane, tant qu’à faire, mais ceci est un autre débat). Au moment du dessert, vous voyez qu’il y a de la tarte au chocolat ou de la tarte au citron au menu. Vous adorez la tarte au chocolat, et vous aimez bien la tarte au citron. Mais la tarte au citron de ce restaurant a l’air tellement bonne, que vous suivez votre envie du moment et optez pour celle-ci. Vous mangez votre part de tarte au citron, et, oh bonheur ! Cette tarte est tellement bonne que vous auriez bien envie de ne manger que ça. Ca ne veut pas dire que subitement vous n’aimez plus la tarte au chocolat. Vous adorez le chocolat, et vous ne cesserez jamais d’aimer le chocolat. Mais voilà, vous êtes tombé sur la tarte au citron la plus irrésistible du monde, et vous avez beau en manger, manger, manger, vous ne vous en lassez pas. Peut-être qu’un jour, vous n’aurez plus envie de manger cette tarte au citron. C’est la vie, ça arrive, tout comme votre amie Machine qui a arrêté de manger de la tarte aux pommes alors qu’elle en mangeait depuis deux ans. Mais, en attendant, vous êtes très heureux avec cette tarte-ci et vous espérez bien en manger toute votre vie.

J’aurais bien aimé avoir eu cette répartie pour répondre à la question de mon ami, mais sur le coup, c’est mon amoureux qui a pris les devants et a expliqué dans des termes moins gastronomiques qu’on ne cesse pas d’être bi du jour au lendemain (mon amoureux c’est le plus cool des amoureux de la Terre). Explications faites, il semblerait que ce soit plus l’idée de coller une étiquette sur l’orientation sexuelle qui gênait l’ami en question. Je rejoins en partie cet avis : vouloir rentrer à tout prix dans des cases peut être un frein à son épanouissement personnel. Je rêverais d’un monde où tout le monde s’en fiche d’être gay, hétéro, bi, trans, asexuel. Mais malheureusement, ce monde parfait où chacun vit en suivant ses envies et ses désirs sans être importuné n’existe pas, ou plutôt, n’existera pas tant qu’on vivra dans une société hétéronormée. (c’est-à-dire une société où le standard, le moule conforme est d’être hétérosexuel) Une société qui invisibilise les minorités et privilégie une orientation sexuelle plutôt qu’une autre n’est pas une société où chacun peut être épanoui.

Voilà pourquoi il est utile de se définir comme bisexuel, plutôt que de ne rien dire du tout : parce qu’affirmer sa bisexualité contribue à effacer le voile qui fait croire aux gens qu’on ne peut pas aimer les filles et les garçons en même temps. Affirmer sa bisexualité, c’est se lever contre les idées préconçues qui consistent à croire qu’une personne aimant les filles et les garçons est incapable de faire un choix, ou est instable psychologiquement. (vous rigolez, mais c’est du blaba que certains psys sont capables de pondre sérieusement…)

Bref, c’est faire en sorte de vivre sa vie comme on l’entend, et non pas comme les autres voudraient qu’elle soit.

Et vous, vous êtes plutôt du genre tarte au chocolat ou au citron, les deux, ni l’un ni l’autre ?
A la revoyure, et si un jour vous rencontrez un bi, par pitié, ne lui demandez pas de choisir !

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