Culture du viol: je refuse de me taire

 

Trigger-Warning: cet article va parler d’agression sexuelle. 

Hier soir, alors que j’étais à un concert dans un bar, une personne a profité du fait que je venais de mettre un masque sur la figure (comme plusieurs de mes amis qui étaient au concert avec moi) pour venir se poster devant moi et me toucher les seins, avant de filer avant que je n’aie eu le temps de réagir. Évidemment, personne n’a rien vu. Sauf moi, qui l’ai très bien vu à travers le masque.

Le problème, c’est qu’apparemment, mon témoignage n’était suffisant pour personne, puisque personne n’est allé voir le type en question et lui demander des comptes. Pourtant, je l’ai signalé immédiatement, à mes amis d’abord, puis au staff qui organisait le concert. Mais voilà, la seule réponse que l’on ait pu me donner, c’est « je n’ai rien vu »…

Donc, il aurait peut-être fallu que je me fasse peloter sur la scène, devant tout le monde, pour qu’enfin on se décide à faire quelque chose ? Ah mais non, j’avais oublié : se faire toucher les seins sans consentement, ce n’est pas très grave… On m’a répété à plusieurs reprises que « ce n’était pas grave », que « ça arrive pendant les concerts, les gars qui en profitent ». Ah bon. Okay, c’est pas grave. Le code pénal (français) n’est pourtant pas du même avis : « constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise », comme, par exemple, des attouchements ou des caresses de nature sexuelle. Ces actes peuvent être punis de 5 ans d’emprisonnement. Alors, considérez-vous toujours que « ce n’est pas grave » ?

Je suis en colère, terriblement en colère, que dans une situation pareille, on remette encore et encore la parole de la victime en doute, qu’on minimise ces actes et qu’on excuse l’agresseur. Culture du viol, bonjour. Je savais, bien sûr, qu’elle existait, mais se la prendre de plein fouet dans la tronche, ça fait mal. Il ne reste plus qu’à moi, la victime, de me débrouiller, et de surtout, pas trop faire chier mon monde. Hier soir, juste après cet acte, j’étais en état de choc, et me retrouver dans un premier temps aussi seule et désemparée m’a rendue dingue. J’ai commencé à avoir une crise d’angoisse, et pourtant, une fois que j’ai réalisé ce qui c’était passé, je suis allée alpaguer le type en lui saisissant le bras pour lui crier dessus. Ce qui n’a, bien sûr, servi à rien. Premièrement, car le concert battait son plein, et qu’on n’entendait rien. Deuxièmement, parce qu’il/elle a fait celui qui ne savait pas de quoi je parlais. De rage, je l’ai envoyé balader, et je me suis sentie si impuissante que cela n’a fait qu’empirer mon état de panique. J’ai commencé à hyperventiler, et finalement, une de mes amies a prévenu le staff, et c’est une femme du staff qui m’a accompagnée dehors et qui a essayé de me calmer. Mais qui n’a pas voulu comprendre que ce n’était ni la foule, ni la déshydratation qui me rendait dans un état pareil, mais un putain de connard qui a cru que porter un débardeur et danser à un concert lui donnait le droit de s’approprier mon corps.

Heureusement que ma conscience féministe m’a permis de ne pas me tromper de cible dans ma colère. Heureusement que je sais que je n’ai rien à me reprocher, que je n’exagère pas, que j’ai raison de m’indigner. Parce que, putain, cette conscience-là a eu du fil à retordre hier soir.

Au final, seule une de mes amies était prête à aller voir le type pour lui casser la figure. Je l’ai dissuadée, car lui casser la figure n’aurait servi qu’à se retourner contre elle et la faire amener au poste. Je n’en demandais pas tant, même si j’avais très envie de lui foutre mon poing dans la gueule aussi. J’aurais juste aimé qu’on m’écoute, et qu’on s’indigne avec moi, et qu’on aille foutre le type dehors. Mais non, c’est moi qui ai dû sortir, car être dans la même salle que lui était insupportable. Car être une femme, c’est non seulement être une proie, mais c’est devoir fermer sa gueule et souffrir en silence. Et être à la limite de la reconnaissance, pour avoir « juste » été pelotée. Je devrais dire merci, sale con, de ne pas m’avoir violée ? Et bah non. Je sais ce que j’ai vécu, je sais que c’est grave, je refuse de me dire « ce n’est pas grave » et refouler ça dans un coin de ma tête dans l’espoir de me dire qu’il ne s’est rien passé, ce n’est pas parce qu’il ne s’est rien passé d’autre que cela rend cet acte plus acceptable, et rien ni personne ne m’ôtera cette conscience-là.

C’est mon corps, et il n’appartient à personne. C’est mon corps, et personne n’a le droit de le toucher sans mon consentement.

J’ai écrit cet article car je refuse de me taire, je refuse de jouer le rôle de la victime silencieuse comme on attend de moi que je le fasse. Le silence doit être rompu, la honte doit changer de camp.

Renseignez-vous, écoutez les victimes, écoutez ce qu’elles ont à dire. Ne les blâmez pas. Blâmez les violeurs, les agresseurs, les harceleurs, tous ceux qui font qu’une femme, jamais, n’est en sécurité nulle part.

Lisez sur la culture du viol, voici quelques liens :

http://www.madmoizelle.com/je-veux-comprendre-culture-du-viol-123377

Les mythes sur le viol 

http://www.crepegeorgette.com/2013/03/20/comprendre-la-culture-du-viol/

Paroles de femmes victimes d’agressions sexuelles

Ne dites plus jamais que ce n’est pas grave.

 

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