Complaisance ou intransigeance?

Avant de commencer l’article, je précise quand même une chose : j’ai vraiment envie de m’investir dans le militantisme, autrement qu’en partageant de temps en temps des liens sur Facebook. Mais vraiment. Aller à des manifs, distribuer des tracts, ce genre d’actions où tu as vraiment le sentiment de t’investir vraiment pour la cause que tu défends. Pas par te filer un shoot d’ego en mode « hey ! Regardez ce que je fais pour les animaux/les femmes/les homos ! », mais bien parce qu’il y a un moment où rester sur Internet ne suffit pas pour venir en aide aux animaux (par exemple).

basta

Mais militer est-ce vraiment à la portée de tout le monde ? Je ne crois pas. En tout cas, dans l’état actuel des choses, en ce qui me concerne ce n’est même pas une option valable. J’y pense tout le temps, mais je suis dans l’incapacité émotionnelle/mentale/psychologique de m’investir dans une action dès que celle-ci nécessite une interaction sociale. Parler avec des gens, côtoyer des inconnus, gérer le stress, tout ça représente une difficulté qui me paraît bien souvent insurmontable. Donc, j’essaie de faire avec mes pauvres moyens, à mon niveau, et je sais que c’est vraiment totalement insuffisant, et je le regrette énormément.

Bref, tout ça pour dire qu’il faut prendre cet article avec des énormes pincettes car ce que je dis concerne vraiment le quotidien, et non pas un cadre militant défini (manif, etc).

J’ai remarqué un truc qui me gêne ces temps-ci, qui est assez repérable dans mon attitude mais qui se repère pas mal chez les autres, c’est la complaisance face aux personnes qui véhiculent des oppressions. L’exemple le plus simple, à mon sens, est bien sûr le spécisme, car je crois peu m’avancer en disant que c’est l’oppression systémique la plus en vigueur dans notre société actuelle : il suffit de se référer aux pourcentages de véganes dans la population française (allez, 1 %? 2 % à tout casser?). Cela a pour résultat un nombre énorme de victimes chez les animaux non-humains (ouip parce qu’en fait, désolée de casser votre trip descartien d’humain supérieur aux autres et tout et tout, mais les humains sont des animaux comme les autres, donc la précision n’est pas superflue). Animaux terrestres et marins confondus, on compte au bas mot 100 à 1000 milliards de victimes chaque année. Oui. Vous avez bien lu. Ce chiffre qui dépasse l’entendement, j’ai dû apprendre à le supporter, tous les jours.

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Parce que vous savez quoi ? Le plus dur, quand on devient végane, ce n’est pas bouffer du tofu, des lentilles, sucer des cailloux* [*contains irony inside] ou répéter pour la centième fois à Mamie que non, vous ne prendrez pas une part de son gâteau car il y a de l’œuf dedans. Le plus dur ce n’est pas de préparer sa gamelle du midi parce que le restau U fout de la barbaque ou du beurre ou de l’oeuf partout. Non, le plus dur, c’est de compter les victimes, qui continuent de s’accumuler, tous les jours, toujours plus nombreuses, sur l’autel de nos comportements spécistes. Le plus dur, c’est d’avoir ouvert les yeux, et de se rendre compte que les autres eux, ont gardé leurs œillères. Ce qu’il y a d’encore plus dur, c’est de parler de ces victimes, parler des moyens de les épargner, diffuser des infos, propager des recettes à tout-va, encourager chaque transition, et de voir qu’à peu près tout le monde s’en fiche éperdument. Tout le monde s’en fiche d’où vient son steak, et le pire, c’est que quand ils le savent, et bien… Ils continuent de s’en foutre.

Mille milliards de victimes chaque année, et une indifférence générale. C’est ce qui est le plus douloureux. Voir des gens que tu aimes, que tu respectes, qui ont énormément d’importance pour toi, te dire droit dans les yeux que c’est bien triste mais que c’est comme ça, la viande c’est trop bon. Chacun ses choix. Chacun son choix de participer au vaste massacre.

On m’a parfois reproché d’être agressive, ce qui me fait doucement rire. Franchement, faites un tour sur ma page Facebook et soyez objectifs. Je suis tellement agressive quand je poste des recettes de brownies véganes. Je suis tellement agressive quand j’encourage les gens à faire un don à des refuges d’animaux rescapés de l’abattoir. Je suis tellement agressive quand je dis que c’est quand même plus sympa de manger des lasagnes aux légumes que des lasagnes à la viande de vache laitière de réforme qui a vécu une vie misérable. Je suis tellement agressive, quand c’est les animaux qui trinquent de votre absence de compassion.

Au contraire, j’ai l’impression d’être vraiment beaucoup trop tolérante, et ça m’use, petit à petit. Ça m’use de voir défiler ces commentaires de gens qui vont au mac-crado, de gens qui parlent de fromages, qui veulent aller au zoo. Je passe la plupart du temps à me retenir de commenter, car je sais que ça partira en cacahuètes car personne ne veut entendre la vérité. Ce n’est pas votre vie qui me dérange. Ce qui me dérange, c’est ces mille milliards d’animaux séquestrés, torturés, mutilés, écorchés, assassinés, au nom de quoi ? Du bacon ? Du divertissement ? De sushis parce que le thon c’est trop bon ? Au nom de quoi la cruauté mérite-t-elle une justification ? Parce qu’ils sont moins intelligents ? Parce qu’ils ne savent pas écrire de dissertations ? Parce qu’il n’auraient soit-disant par de conscience ? En quoi ces critères justifient quelque torture que ce soit ?

Je suis fatiguée de voir la violence et la cruauté, partout, tout le temps. Je sors, je vois une meuf avec son manteau de fourrure. Cadavre écorché vivant. Nausée. Je fais mes courses, je vois les étalages de morceaux de cadavre sous vide. Nausée. Je vais manger chez des amis, je sors une bouteille d’eau du frigo, j’aperçois des saucisses de cadavre juste à côté de la bouteille. Nausée. Je parle avec des amis, ils me disent que ça fait longtemps qu’ils ne sont pas allés voir des animaux au zoo, tu traduis dans ta tête « voir des prisonniers à l’espérance de vie réduite pour le plaisir des humains ». Nausée. Tu vas te laver les mains dans la salle de bains, tu vois un tas de cosmétiques testés sur les animaux. Nausée. Le soir tu rentres chez toi, sur le chemin tu vois une affiche pour le cirque avec des animaux-esclaves, prisonniers et torturés pour être conditionnés à faire des tours idiots pour le plaisir humain. Nausée.

Quand ce cauchemar s’arrêtera-t-il ? Quand arrêterons-nous de faire payer aux animaux notre mode de vie basé sur la consommation, la surconsommation, acheter, toujours acheter ? Quand arrêterons-nous de considérer l’animal comme une marchandise qu’il est bon d’user à notre guise ?

Je voudrais arrêter ma complaisance envers les gens, arrêter de me contenter d’avoir un sourire crispé quand on me dit que chacun ses choix, c’est comme ça (paye ton argument, en passant). Je voudrais être plus intransigeante, pas pour « convertir » le plus de gens, être végane ce n’est pas une religion. -cela s’applique aussi pour le féminisme. Je voudrais l’être au nom des animaux, qui n’ont pas de voix pour se faire entendre. Je voudrais dire « merde » aux inhibitions qu’on inculque aux filles dès leur plus jeune âge – ne proteste pas, ne dis pas non, tiens-toi droite, sois belle, ne casse pas l’ambiance sinon t’as pas d’humour, t’es hystérique, t’es frustrée, ‘spèce de féminazi, ferme-la donc.

Je voudrais m’efforcer de ne pas avoir peur de casser l’ambiance, car si celle-ci consiste à se foutre éperdument des opprimés, alors non, je préfère m’en passer. Cela va être long, cela va me demander du courage, mais je ne veux pas me taire pour ne pas bousculer les préjugés des gens. Je vais continuer à m’informer moi-même, continuer à déconstruire les bastions de clichés que je continue encore à propager malgré-moi, et ouvrir ma gueule.

J’ai, malgré moi, axé cet article sur le spécisme et le véganisme, mais c’est valable pour le patriarcat et le féminisme. Il y aurait encore un tas de choses spécifiques à dire sur ces sujets, sur la difficulté que cela représente de ne pas être complaisant-e face aux remarques sexistes, racistes, spécistes, transphobes… Peur de se prendre un shitstorm dans la face quand on est la/le seul-e à être un chouilla informé-e à ces questions face à un auditoire nombreux, peur d’être rejeté-e, peur de ne pas être « cool ». J’assume que j’ai souvent fermé ma gueule par flemme de faire naître le débat. Eduquer, être pédagogue, mais aussi savoir répondre aux attaques parfois extrêmement agressives et insultantes, ça use, c’est fatigant, c’est difficile de l’être au quotidien, sans interruption. Mais il n’y a pas vraiment le choix, n’est-ce pas ? C’est à ce prix que les choses changent. La société ne se change pas toute seule (contrairement à ce que les rageux veulent bien croire, toute avancée sociale est le fruit d’une lutte – le droit de vote n’est pas tombé tout seul comme une pomme attirée par la gravité dans les mains des femmes hein.).

Je vais m’arrêter là car je tourne un peu en rond, j’ai encore besoin de temps pour étayer ma réflexion sur ces questions. Je reposterai peut-être quelque chose de plus abouti plus tard, ou bien mettrai à jour cet article.

Pensez un peu moins à vous-mêmes et un peu plus aux autres, merci pour elleux.

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4 réflexions au sujet de « Complaisance ou intransigeance? »

  1. Je parlais justement de ça la semaine dernière avec une de mes camarades de classe. Elle m’a demandé « mais comment tu fais pour ne pas être énervée tout le temps? ». Car voir le racisme, le sexisme, le spécisme, l’homophobie, la transphobie (etc….) absolument partout tous les jours, et devoir, comme tu l’as dit, se taire en fin de compte, c’est dur. Moins dur que d’en être victime, évidemment…
    Rien que cette semaine, on a eu un cours d’histoire de la musique….J’avais dit, ironiquement, avant le cours « ouais, la musique des blancs quoi. » ça n’a pas raté. On a parlé de la préhistoire, puis des grecs, et….rien d’autre. Plus loin c’est trop loin. Quand je me suis renseignée sur la musique à l’époque antique en Asie, en Afrique, j’ai bel et bien trouvé des choses. Il y avait de la musique, tout aussi évoluée que dans le seul coin un peu à droite dont on veut bien parler. (voir plus dans le cas de la Chine!) Et personne dans ma classe ne s’était posé la question. Ce qui est bien normal, moi-même, avant Tumblr, je n’y aurais pas pensé. Mais ça me rend malade qu’on se regarde autant le nombril, sur tellement de sujets…Et qu’il y ai aussi peu de remises en question. Mes camarades de classe me « comprennent », « comprennent » mes raisons, mais ne changent pas pour autant…

    La seule fois où je suis allée à une manifestation, j’ai fait une crise de panique et j’ai du partir au bout de 10 minutes. Donc je te comprend à 100%. Mais même à ton petit niveau, tu aides. Tu as contribué à me rendre végétarienne, je suis en transition végétalienne, et par mon biais (et donc aussi le tien), mon copain est devenu végétarien.Tu es le petit colibri qui fait sa part. Même la plus petite personne peut changer le cours de l’avenir. (c’est toujours classe de terminer sur du Tolkien xD)

    • Oui c’est vrai que j’ai pas parlé du fait que toutes ces oppressions s’additionnent et que ça rend le monde encore moins supportable ._. Mais j’étais déjà dans un drôle d’état à la fin de l’article, je me suis dit qu’il valait mieux que je m’arrête là pour le moment !
      Moi aussi Tumblr m’a beaucoup aidé à checker mes privilèges de blanche cis. Je continue d’apprendre, tous les jours, d’ailleurs, et je me rends compte du boulot que ça représente, toute cette déconstruction; De soi, des autres. Mais ça en vaut la peine. Je suis honorée d’avoir pu contribuer à te rendre végétarienne, que tu es train de devenir végétalienne, c’est vraiment un grand pas pour les animaux. Merci pour eux <3
      Ouaip, merci Tolkien ! Pour la peine, je vais me faire un marathon Seigneurs des Anneaux avant de partir en Chine (les films, hein, les bouquins faudrait déjà que je finisse de lire le tome 1. Pardon fantôme de Mr. Tolkien me frappez pas de là où vous êtes, je promets de finir votre trilogie un jour ._.)

  2. whaaa ! je comprends ! je ressens la même chose tous les jours ! Sur le moment ils disent ‘ ho non c’est trop horrible balblabla  » et après devant leur assiette  » ha c’est trop bon  » et moi je suis là ….je souris tristement…

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