Neuroatypie et militantisme

 

Bonjour, après des mois de non-activité, me revoici pour un article qui risque d’être plus personnel que militant, mais soit, je pense que j’en ai besoin.

Il y a environ un an, j’avais publié un article. Où je disais que je refusais la complaisance face à l’oppression. Par complaisance, je disais le refus de se taire quand j’entends un propos oppressif, et réaffirmer ma position antispéciste, notamment en refusant de laisser les carnistes dans leur œillères et leur rappeler, que oui, ils participent au massacre, qu’ils en aient conscience ou non, et qu’on ne peut respecter les animaux si on paie quelqu’un pour les tuer afin de les manger.

Durant cette période, je me suis pleinement affirmé en tant que vegan abolitionniste. C’était, et c’est toujours, la seule position morale et éthique à mes yeux. Je ne vais pas expliquer de long en large et en travers le pourquoi du comment, pleins de gens le font beaucoup mieux que moi.

Puis, en août dernier, j’ai fait mon coming-out non-binaire. J’en ai également un peu parlé sur mon blog, de mes interrogations et de ma légitimité à faire partie de la communauté trans. (Spoiler : oui je suis trans, et oui les non-binaires ONT leur place dans les trans’identités). Pour celleux qui ont suivi le shitstorm qui a suivi sur la petite sphère militante vegan féministe, ça a été un coup dur. Je me suis aperçu qu’on pouvait être militant-e et se gourer totalement. Qu’on pouvait même être féministe et dire à des personnes trans qu’elles ne sont pas victimes d’oppressions (re-spoiler : si).

A partir de là, la désillusion n’a fait que s’agrandir. Je ne savais plus qui croire, vers qui me tourner. J’ai perdu énormément d’ami-es et de relations depuis que je me revendique militant-e, du fait de mon refus de tolérer l’intolérable.

Et maintenant, et bien, je suis épuisé.

Je suis épuisé de me battre contre des moulins à vent, contre la mauvaise foi, contre la violence et la méchanceté des gens. Je suis vidé de toutes mes forces. Oui, le militantisme a exacerbé cette partie haineuse de moi qui est perpétuellement en colère. J’ai été en colère, tellement en colère, de devoir justifier mon existence, de devoir justifier l’existence des animaux non-humains, en permanence, non-stop, et me prendre des coups en retour, sans cesse, de la part même de prétendus allié-es.

Ca m’a atteint jusqu’à la moelle et maintenant je suis une coquille d’être humain pleine de rancœur et de tristesse. La violence de ce monde, je n’arrive plus à la gérer. Je bloque, c’est fini, c’est total.

Mais c’est trop tard pour faire marche arrière. Je ne peux plus remettre ces œillères que j’ai enlevées, je ne peux plus me dire « mais si voyons, remangeons du cadavre, tout va bien ! », ou bien « je suis une femme, je suis juste un peu garçon manqué ! ». Ce n’est plus possible.

Quand on s’engage il n’y a plus de marche arrière, et j’y ai investi chaque centimètre carré de mon âme. Jusqu’à la perdre. Jusqu’à oublier ce que c’était de vivre dans le vrai monde, pas celui des Social Justice Warrior sur Internet, celui où tu te prends des claques dans la gueule, méchamment, dès que tu sors de chez toi, dès que tu parles à des gens.

Alors je craque. Je me roule en boule chez moi et j’attends que la violence du monde s’atténue, ou bien que j’arrive à la gérer. J’attends de voir comment on se comporte avec d’autres humains qui n’ont pas encore parcouru entièrement le chemin de la déconstruction, quelles que soient leur raison. Je ne sais plus comment réagir dans le vrai monde. Je ne suis plus vivre dans la vraie vie. La vraie vie m’agresse.

Je souffre de dépression depuis très longtemps. Depuis presque quinze années. Avec des hauts et des bas. Parfois de grosses périodes de répit, de plusieurs mois, voire d’un ou deux ans. Et je crois que c’est cette hyperémotivité qui m’a poussé à m’engager,  à militer, à me battre coûte que coûte, pour ne plus baisser les bras.

Mais maintenant, et bien, je n’y arrive plus. J’abandonne. Je suis usé.

Le militantisme n’est pas et ne sera jamais à la portée de tout le monde. Oh bien sûr, je connais un tas de neuroatypiques militants. Mais j’en connais un tas que le militantisme a bousillé aussi. Je fais partie du lot.

Je suis vivant, et c’est tant mieux. Mais quelque part, oui, je suis devenu aigri et méchant. Pour me protéger. Pour survivre.

Est-ce que je suis capable de continuer à militer ? Est-ce que prendre une pause fait de moi une mauvaise personne ? Est-ce que les gens que j’ai blessés par militantisme évolueront ? Est-ce que je n’ai pas juste perdu mon temps, mon énergie, mes amours et mes ami-es ? Est-ce que le militantisme m’a rendu mauvais ? Ai-je fait les bons choix ?

Je suis juste fatigué.

Alors, je ne sais pas comment les choses se dérouleront par la suite. Peut-être que ce blog va juste devenir un blog random où il ne se passera plus rien de politique. Peut-être pas. En attendant, je vais essayer de me soigner et d’aller mieux.

Je vous souhaite de prendre soin de vous et de vous battre pour ce qui est juste. Mais de ne pas vous perdre en chemin.

Sur ce, je vais aller faire un câlin à mon chat qui m’aime quoiqu’il arrive et que j’aime quoi qu’il arrive.

 

 

 

 

 

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