« Faut-il manger les animaux? » de Jonathan Safran Foer

Faut-il-manger-les-animaux-de-Jonathan-Safran-Foer

Je viens de finir de lire Faut-il manger les animaux, de Jonathan Safran Foer, le premier livre que je lis sur le végétarisme, ou plus largement, sur la question morale de notre alimentation carnée. Ce livre est un peu inclassable, dans la mesure où on ne peut pas le mettre dans la catégorie « essais », romans, ou encore témoignages (ce qui ne fait pas son éditeur en poche, Points), car il est un mélange de souvenirs de l’auteur, de témoignages, de réflexions philosophiques sur les animaux et la viande que nous mangeons… Tout en relatant des faits, solidement appuyés par de nombreuses études (il y a près de 40 pages de notes, sur un total de près de 400 pages, soit 10% du bouquin). Ce livre m’a paru donc plus digeste qu’un étalage de statistiques et de citations d’études scientifiques.

Contrairement à ce que l’étiquetage « pro-végétarien » de l’auteur laisse entendre, celui-ci ne cherche pas à tout prix à démontrer que le végétarisme est la seule solution possible. Sa position est à bien des égards, modérée: il a conscience que notre alimentation est un sujet sensible, justement parce qu’elle ne sert pas uniquement à nous nourrir: elle est aussi sujette au partage, à l’émotion et à la vie sociale: nous ne mangeons pas en cachette dans notre coin, mais bien souvent avec autrui, ce qui est l’occasion d’échanges et de témoignage de sympathie (un peu comme lorsqu’on remercie le cuisinier du repas qu’il a concocté en lui disant que c’est délicieux), c’est ce qui fait de nous des êtres humains, en somme.

En fait, le sujet principal de ce livre n’est pas tant de répondre à la question, un peu racoleuse, « Faut-il manger les animaux? », mais plutôt de répondre à celle-ci: faut-il manger les animaux issus d’élevage industriel? (le titre du livre aurait été un peu long je vous l’accorde :p) Instinctivement, nous savons qu’il y a quelque chose qui cloche avec l’industrie de la viande mais sans trop savoir (ou vouloir savoir) ce qu’il en est. Jonathan Safran Foer nous informe, sans concession, de la réalité de cette industrie, et la réalité n’est vraiment pas jolie à voir.

Etant américain, l’auteur s’attache à décrire la situation en Amérique, mais dans la mesure où notre industrie agro-alimentaire s’inspire de celle américaine, les francophones que nous sommes ne devraient pas se dire « De toute façon ça se passe aux Etats-Unis, chez nous c’est pas comme ça ». Que ce soit en Amérique ou en Europe, le bien-être de l’animal n’est jamais respecté, pour la simple raison que l’élevage industriel est la norme: 99% de la viande consommée est issue d’animaux d’élevages industriels. Un chiffre pareil donne à réfléchir quand on essaye de se rassurer en se disant qu’on achète de la viande « saine », bio, ou à label!

En fait, Foer ne se prononce pas contre l’élevage à taille humaine, qui se soucie de ses animaux, qui les élève dans les prairies (le véritable sens de « plein air », étiquette purement mensongère sur les emballages de vos oeufs), qui considère que faire du chiffre ne doit pas se faire au détriment du bien-être de l’animal. Une bonne partie de l’ouvrage, en conséquence, livre des témoignages de « petits » éleveurs qui ont réussi à se soustraire des entreprises agro-alimentaires. Le problème, c’est qu’ils sont l’exception.

En ce qui concerne la réalité de l’industrie de l’élevage, il insiste aussi bien sur la cruauté qu’elle inflige aux animaux, que sur les conséquences désastreuses sur l’environnement ou la santé humaine. Par exemple, l’alimentation massivement bourrée d’antibiotiques que l’on donne aux poulets pour survivre dans des conditions de stress  et de vulnérabilité extrêmes a des retentissements sur notre propre santé: en ingérant ces antibiotiques via notre nourriture, nous les rendons de plus en plus inefficaces car les maladies deviennent de plus en résistantes. (ce n’est pas pour rien qu’il y a quelques années, on nous bombardait du « Les antibiotiques, c’est pas automatique! » pour responsabiliser le citoyen quant à sa consommation de médicaments. Par contre, on n’a jamais pensé à responsabiliser l’industrie agro-alimentaire, qui nous empoisonne impunément…)

Mais pourquoi refile-t-on des antibiotiques aux animaux que l’on mange, au juste? C’est le système même de l’élevage industriel qui rend indispensable ces antibiotiques. L’élevage industriel consiste à  « augmenter le rendement de cette activité, notamment en augmentant la densité d’animaux sur l’exploitation ou en s’affranchissant plus ou moins fortement du milieu environnant (confinement). (définition de Wikipédia) Ce confinement a des répercussions sur la santé de l’animal: un poulet, un cochon ou une vache ne sont pas faits pour être entassés par milliers, voire dizaine de milliers, dans un hangar, souvent sans fenêtre, avec tellement peu de place qu’ils ne peuvent ni se retourner, ni se coucher, et sans autre choix que de vivre dans ses excréments. Cette proximité endurée favorise les maladies, et rend les animaux fous, raison pour laquelle, par exemple, on coupe (sans anesthésie) les queues des cochons ou le bec des poulets pour réduire le cannibalisme qu’ils se livrent de par le manque d’espace…

On bourre les animaux d’antibiotiques pour qu’ils survivent à des conditions telles que nombre d’intellectuels les qualifient de concentrationnaires. Isaac Bashevis Singer, écrivain américain juif, prix Nobel de littérature, n’hésite pas à comparer l’élevage industriel aux actions des nazis durant la Seconde Guerre Mondiale. La vie d’un bovin ou d’un poulet est faite de souffrance du début à la fin, et sa mort n’est ni douce ni humaine. Si la législation oblige en théorie à étourdir l’animal avant de le tuer, elle n’est en pratique que mal appliquée: le rythme soutenu, à la chaîne, qu’implique l’industrie ne permet pas de s’assurer que l’animal est bel et bien inconscient avant d’être tué. Il arrive même, dans des proportions non-négligeables mais difficilement quantifiables, que l’animal est écorché (le fait d’arracher la peau) et découpé alors qu’il est encore vivant… Il est bien beau, dans de telles conditions, de seulement s’émouvoir de l’abattage halal quand c’est au final l’ensemble de l’industrie de la viande qui se livre à des pratiques barbares!
Les croisements génétiques que l’on a procédé (dindes incapables de marcher, vaches produisant cent fois plus de lait que la normale, poulets difformes de par leurs poids…) ont eu pour conséquence de faire de ces animaux des erreurs de la nature incapables de vivre naturellement. Leur dépendance aux antibiotiques, leur privation d’espace et de lumière, leur nourriture inadaptée les rendent fragiles et incapables de survivre dans des conditions de vie réelles. On a même fait en sorte qu’ils soient incapables de se reproduire naturellement, à tel point que ces animaux, s’ils retournaient à l’état sauvage, seraient condamnés à disparaître! Nous avons rendus ces monstres de Frankenstein dépendants de l’industrie qui les a créés et qui les tue en masse.

Sans compter les conditions de travail impossibles pour tous ceux qui travaillent dans ces industries et dont le travail déshumanisant et mal rémunéré les conduit à se délivrer de leurs frustrations sur les animaux au travers d’une violence insupportable (nombre de vidéos sur ce sujet sont disponibles sur Internet, je ne saurais que trop vous conseiller de regarder le documentaire Earthlings pour vous en faire une idée). Et cette violence n’est pas l’apanage de quelques sadiques, elle n’est ni rare ni condamnée par les entreprises d’élevage et d’abattage.

Finalement, la solution la plus simple pour arrêter d’enrichir une industrie  cruelle, dépourvue de scrupules et d’humanité est encore de renoncer à acheter leurs produits. En d’autres termes: ne plus acheter de produits d’origine animale. C’est le message du livre, qui nous met face à nos propres dilemmes: « Si l’on mange de la viande aujourd’hui, on a généralement le choix entre des animaux élevés avec plus (poulet, dinde, poisson et porc) ou moins (boeuf) de cruauté. […] Comment rendre obsolète ce calcul utilitaire de l’option la moins abominable? A quel moment le choix absurde qui est le nôtre aujourd’hui devrait-il céder la place à une résolution d’une ferme simplicité: ceci est inacceptable? Jusqu’à quel point une pratique culinaire doit-elle être destructrice avant que nous décidions de manger autre chose?  Si le fait de savoir que l’on contribue aux souffrances de milliards d’animaux qui mènent des vies misérables et (bien souvent) meurent dans des conditions atroces ne parvient pas à nous motiver, qu’est-ce qui le fera? […] Et si vous avez envie de repousser ces questions de conscience à plus tard, de dire pas maintenant, alors, quand?  » (p.320, éditions Points)

Publicités

Le lait, inoffensif ?

Aujourd’hui, mise au point sur le lait. Plus je lis d’articles dessus, plus cela me motive à passer vegan. Voici une petite liste de liens commentés pour vous informer sur certaines vérités concernant l’industrie du lait :

http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/PlantesSupplements/ArticleInteret.aspx?doc=calcium_briere_j_2002_ps

Article ni vegan ni même végé, mais qui informe sur le bombardement publicitaire qui nous persuade que le lait est bon pour la santé et la SEULE source calcium, sans compter que nous n’avons pas besoin de doses massives de calcium pour être en bonne santé. L’OMS, l’organisation Mondiale de la Santé, préconise un apport de 400 à 500mg de calcium par jour. A titre de comparaison, Candia sur son site indique que l’apport journalier conseillé est de 800mg ! Bien sûr, faut bien qu’il vende ses produits, le plus possible, quitte au mensonge publicitaire pseudo-scientifique… Quand au programme national nutrition santé, il continue de préconiser 3 voire 4 produits laitiers par jour, ce qui correspond au minimum à 700mg par jour ! (si vous buvez un bol de lait au matin, prenez un yaourt nature au midi et un morceau de fromage au dîner) Sachant que la surconsommation de calcium est au mieux inutile, au pire dangereuse, il y a de quoi s’interroger sur la volonté du gouvernement à promouvoir le lait... Lobbies de l’industrie agro-alimentaire, quand tu nous tiens !

Mais réduire et surtout supprimer sa consommation de produits laitiers est surtout motivé pour des raisons éthiques. Vous croyez ne faire du mal à personne en buvant votre verre de lait, que les vaches broutent gaiement dans les prés, câlinées et dorlotées par le gentil fermier bien franchouillard, qui leur garantira une fin de vie paisible lorsqu’elles ne produiront plus de lait ?… Raté !

Petit résumé des conditions de vie des vaches laitières, qui sont certainement plus à plaindre que les vaches à viande ici : http://www.lait-vache.info/. Si vous avez besoin de « vraies » preuves ou de concret, vous pouvez aussi consulter ce blog http://elevage-souffrance.blogspot.fr/2012/12/les-vaches-laitieres.html , tenu par une jeune femme ayant fait des études agricoles dans le but de devenir éleveuse, mais qui a rapidement changé d’orientation en étant témoin de la réalité de l’élevage.


(vidéo montrant la séparation d’un veau de sa mère, avec la vache courant après le camion qui enlève son petit, en meuglant de désespoir)

En clair, quelque soit l’élevage concerné (petite ou grande exploitation), les éleveurs sont soumis à des logiques de rentabilité qui rendent les conditions de vie des animaux ignobles. Les vaches, pour produire du lait, sont engrossées tous les ans, (forcément par insémination artificielle, rentabilité et efficacité oblige) mais leur veau leur sont arrachés dès la naissance. Si le veau est un mâle, il rejoindra ses congénères dans une « usine » à viande (je ne peux pas trouver d’autre mot), le temps qu’il grandisse et hop ! bye bye ! direction l’abattoir au bout de quelques mois. Boire du lait, c’est tuer un veau. Si le veau nouveau-né est une femelle, elle aura le triste privilège de connaître le même sort que sa mère, à savoir produire plus de 6000 litres de lait par an, avoir des malformations provoquées par la quantité anormale de lait supportée, et mourir d’épuisement au bout de cinq années de vie… (là où l’espérance de vie d’une vache normalement nourrie et bien traitée est de 20 ans). Ou bien cette femelle sera tout bonnement tuée si l’exploitation agricole possède déjà un nombre suffisant de femelles.

Je veux bien croire qu’il y ait des petits éleveurs plus humains et plus soucieux du respect de la vie de l’animal, en attendant, ce n’est pas en buvant du lait acheté en supermarché que vous et moi pourrons se donner bonne conscience… Même le lait bio ne garantit pas un meilleur traitement de la vache, donc bon ! (la notion bio garantit surtout l’absence de pesticides, d’OGM, bref, c’est chouette comme initiative mais ça n’avance pas la cause animale)

Appétissant, n’est-ce pas, votre fromage au goût de sang ? Sans compter que le fromage n’est en général pas végétarien. En dehors de tout ce que je viens de dire, le fromage est composé de présure, qui est un acide prélevé dans l’estomac de veaux, que l’on tue pour cela. (les plus cyniques d’entre vous me répondront « de toute façon, il allait mourir pour se transformer en BigMac, autant profiter de son cadavre jusqu’au bout ! », mais ne vous inquiétez pas, l’industrie y a déjà pensé avant vous, avec ce truc ignoble appelé « minerai de viande » – je vous laisse le soin de chercher sur internet la définition de cette immondice, je suis déjà suffisamment au bord de la nausée comme cela). Il existe de la présure d’origine végétale ou microbienne, mais elle est loin d’être répandue, et surtout il est quasiment impossible de savoir, dans un supermarché, si un fromage contient de la présure animale ou végétale, faute de législation. Tous les fromages AOC ou Label Rouge contiennent de la présure animale, pour la simple raison que c’est une condition pour obtenir le label. En fait, s’il n’est pas marqué textuellement « présure (ou coagulant) microbienne (ou végétale) »  sur le produit, il y a tout à parier que la présure en question est animale.

De toute manière, l’industrie laitière étant meurtrière en soit, si le traitement éthique de l’animal vous concerne un peu, l’idéal est de supprimer, purement et simplement, tout produit laitier de votre alimentation. C’est ce que je suis en train de faire. Et ne vous inquiétez pas, vous pouvez tout à fait manger sainement (et même plus sainement) sans produit laitier, il suffit juste de savoir où trouver du calcium et du magnésium (en vrac et de façon non-exhaustive : dans les amandes, brocolis, algues, choux, noisettes, pois chiches, haricots blancs, épinards, lentilles, maïs…).

Ah, sans transition, j’ai appris récemment que l’Union Européenne songeait à autoriser de nouveau certaines protéines animales en nourriture pour l’élevage, pour des raisons financières… « Juste » pour le poisson (source : http://www.senat.fr/questions/base/2013/qSEQ13020363S.html ). Bah oui, tout le monde sait qu’un saumon, ça se nourrit de jambon et de nuggets ! Ca sent la crise de la « truite folle » dans quelques années, ça ne va pas louper. Cela motivera peut-être plus de gens à changer leur alimentation… Il faut toujours attendre qu’il y ait un scandale pour que les gens se posent des questions (cf. : Findus et ses lasagnes) et remettent un peu en question les énormes vessies qu’on essaie de nous faire passer pour des lanternes…

Je ne suis pas né pour devenir un filet-mignon, je suis mignon tout court !

Je sais que le sujet du lait est un sujet sensible, d’autant plus sensible qu’on est bercé depuis l’enfance sur ses bienfaits. Mais je pense qu’il est important de savoir, même si on n’a pas « vocation » à devenir végétalien, ce que contient réellement notre assiette, et dans quelles conditions cette nourriture a atterri dedans. Et encore une fois, je ne suis pas informée sur les conditions d’élevage de toutes les fermes françaises, bien sûr qu’il doit y avoir des exceptions. Il n’empêche que le gros de la production laitière, (tout comme l’industrie de la viande) ce n’est pas glorieux. A bon entendeur…

Paix et amour avec pleins de petits veaux se roulant dans le foin et à la prochaine !